Le groupe Aimé Pouly a-il inventé la boulangerie de demain?

Vous vous souvenez peut-être d’un article pas très positif de ma part sur les sandwichs de chez Pouly. À mon grand étonnement, l’administrateur du groupe, Pierre Laugeri, m’a contacté afin de me faire découvrir le nouveau concept mis en place récemment dans 3 de ses boutiques.

S’en sont suivies plus de deux heures d’une rencontre passionnante avec un homme pas moins passionné, qui sait vivre avec son temps et entend bien moderniser son entreprise. J’ai aussi pu goûter la majorité des nouveaux produits, c’est donc en connaissance de cause que je rapporte ici les progrès indéniables de cette boulangerie de nouvelle génération.

Pouly-2.0-11

Le projet comprend un volet communication qui devrait enfin unifier les boulangeries du groupe sous une seule bannière: Aimé Pouly. Fini de se cacher derrière des pseudo boulangeries indépendantes ou de s’emmêler les pinceaux entre des marques qui, au final, vendent les mêmes produits. C’est l’heure de s’assumer! Un pas important qui va, à mon avis, dans la bonne direction.

J’étais passé au Chantilly lors de mon test. Il est vrai que l’endroit ne respirait pas la modernité et donnait plutôt l’impression d’une boutique pas folichonne. Aujourd’hui, c’est un des fers de lance de la nouvelle philosophie que défend Pouly. En entrant, le constat est immédiat. Tout a changé. Des pâtisseries aux sandwichs, jusqu’aux pains, plus rien n’évoque les vieilles boulangeries des années 90.

Pouly-2.0-comptoir

La configuration des rayons elle-même illustre la volonté de renouveau. Sans surprise, on tombe d’abord sur le comptoir des sandwichs et pains classiques. Mais si on continue à avancer, on découvre des nouveautés. Oh! Un coin à jus et smoothies frais pressés. Ah! Un bar à salade tout neuf! Wahou, les pâtisseries en jettent un maximum!

L’ensemble a été repensé pour mieux répondre aux besoins des urbains tout en augmentant la qualité globale sans sacrifier le prix. Cet exploit a été rendu possible grâce à une collaboration avec un chef étoilé dont l’identité reste discrète, pour ne pas dire secrète.

Des nouvelles recettes

L’intégralité des recettes de pains a été revue. Désormais, ils sont tous cuits au feu de bois dans les ateliers Pouly. J’aime particulièrement les torsades triangulaires dont chacun des côtés à une saveur particulière. Il y a la salée (tomates, olive, lard) et la sucrée (vanille, fruits, cannelle).

Pouly-2.0-pain

Une partie des recettes, dont celle du nouveau croissant, se tourne du côté du savoir-faire français pour proposer des articles originaux et authentiques.

Ainsi, une nouvelle baguette, dite « parisienne », pointe aussi le bout de son crotchon. Un très joli produit, au bon goût et à la croûte croustillante qui sera à vous pour seulement 2 CHF. Un produit d’appel de belle qualité dont Pierre Laugeri est très fier.

Ce même pain sert notamment à confectionner le véritable jambon-beurre parisien. Avec une grosse couche de vrai beurre, sans moutarde. Joie.

Les sandwichs

Et puisqu’on parle des sandwichs, sachez que chaque recette utilise un pain différent: baguettes diverses, foccacia, bagel, complet, et j’en passe.

Si le sandwich étudiant au jambon-fromage propose un joli rapport qualité-prix (7.90 CHF), Pouly mise aussi sur des mini-sandwichs gourmets garnis d’ingrédients de haute qualité (paillasse, jambon cru, poivron et tomate, par exemple). Les créations se font plus fraîches et modernes: Triangles crevette-crabe, bagels pavot-thon ou rosette guacamole et poulet. Un vrai plaisir de retrouver, ici des pousses d’oignon ou là une feuille de basilic.

Pouly-2.0-sandwichs

Un mot sur le poulet. Les tranches grillées, passables, que j’avais passées en revue précédemment, achetées toutes prêtes par le groupe, ont été remplacées par des morceaux de poulet faits maison et cuits à basse température. En gros, du poulet froid comme s’il venait tout droit de la cuisine d’un chef.

Pouly-2.0-baguettes

J’ai essayé une bonne demi-douzaine de ces créations et le plaisir est bien au rendez-vous. Je regrette juste que la verdure n’y ait pas une plus grande place. Je doublerais facilement toutes les doses de salades et herbes. Mais c’est un détail devant les progrès faramineux réalisés.

Un positionnement fast and fit

L’accent mis sur les produits santé démontre bien l’envie de se diversifier. L’esprit tea-room est ainsi remplacé par un croisement entre une petite cantine et un café moderne.

D’abord, il y a le coin jus. Le prix varie entre 5.50 CHF et 7.50 CHF selon le nombre d’ingrédients. Je goûte un pomme-orange-menthe pressé minute au top.

Pouly-2.0-fruits-et-légumes

Ensuite, il y a le bar à salade Komby. Il suffit de prendre un bol de verdure au choix (5.50 CHF): mêlée, mesclun, chêne ou, bonheur, épinards. Ensuite, on y ajoute les garnitures qu’on souhaite pour un supplément entre 1 et 2.50 francs par item.

Pour finir, j’ai beaucoup aimé les bocaux à emporter. La risotto de quinoa (9.90 CHF!) se mange froid sans déplaisir et le curry de poulet est un pur délice gourmand et superchargé de vraie crème. On y met de la viande de cuisse pour éviter des morceaux trop secs, du riz sauvage et de l’ananas. A 13.90 CHF, c’est une super affaire pour le midi.

Les pâtisseries

Décidément de toutes les batailles, Pouly surfe aussi sur la vague du mono-produit sans toutefois sacrifier la variété. Le groupe propose désormais des pâtisseries revisitées qui ont toute le même format allongé d’éclair. C’est clairement plus haut-de-gamme et l’effet en vitrine est très esthétique.

Pouly-2.0-pâtisseries

Et puis, avouez qu’il faut avoir de sacrées tripes pour oser foutre en l’air la forme sacrée du carac. Un culot compensé par l’ajout d’une jolie croix helvétique sur les pièces qui gardent leur vert absinthe caractéristique.

Pouly-2.0-carac

Les éclairs, la version caramel salé en tête, sont parfaits, généreusement dosés en matière première. La petite tarte au citron se distingue par sa crème épaisse et plus ferme que celle des tartelettes classiques ainsi que son épais fond de pâte sablée. Et comment résister à ces petites carottes à la forme si suggestive?

Pouly-2.0-tarte-citron

J’ai aimé ce que j’ai vu dans chez Pouly. Et je me demande si toutes ces innovations ne préfigurent pas un concept qui va faire évoluer nos boulangeries traditionnelles. Elles ne seront plus un simple débit de pain, mais un vrai petit centre de restauration, à mi-chemin entre l’artisan et le fast-food. On pourrait s’y nourrir à bon prix, sainement et de façon variée. Moi, je signe tout de suite.

 


 

Les 3 adresses où trouver les boulangeries 2.0 Aimé Pouly:

 

Pouly Boulevard Helvétique Genève
Cours de Rive 18
1207 Genève

 

Le Chantilly Lausanne
Rue Centrale 5
1003 Lausanne

 

Les Arcades Neuchâtel
Faubourg de l’Hôpital 1
2000 Neuchâtel

13 Responses to “Le groupe Aimé Pouly a-il inventé la boulangerie de demain?”

  1. Jessy juin 10, 2015 at 15:08 #

    L’idée, bien qu’excellente, n’a rien de très novatrice. En Suisse, oui, mais au Brésil (c’est mon seul exemple) le concept de «boulangerie-restaurant» est très répandu et marche d’enfer! Tapez par exemple «Padaria Bella Paulista Sao Paulo» sur Google pour vous faire une idée du phénomène.

    • Lukas Menal juin 11, 2015 at 16:55 #

      Merci pour le commentaire. Je pense, en effet, que la diversification ou la super spécialisation (artisans haut de gamme) sont les voies à suivre pour les boulangeries urbaines.

  2. Katia juin 11, 2015 at 16:26 #

    « […] unifier les boulangeries du groupe sous une seule bannière: Aimé Pouly. Fini de se cacher derrière des pseudo boulangeries indépendantes […] ».
    Voilà le point positif de l’article ! Un peu de transparence pour nous permettre de ne pas être trompés et choisir une boulangerie artisanale…

    • Lukas Menal juin 11, 2015 at 17:07 #

      Je vois que la réputation de Pouly est exécrable et que les lecteurs se font un malin plaisir de les descendre. Je trouve ça pas très juste et un peu facile. Ce n’est pas positif de proposer une meilleure qualité au même prix?

      En outre, artisanal (quoique puisse recouvrir le terme), n’est pas forcément synonyme de qualité…

      Pouly travaille avec de plus gros volume qu’un boulanger indépendant et de façon centralisée, mais les méthodes ne sont pas très différente d’un boulanger indépendant.

      • funambuline juin 11, 2015 at 19:24 #

        Malheureusement, justement si, les méthodes sont très différentes d’un boulanger indépendant. Pouly favorise une uniformisation des goûts, tant pour ses pains, que pour le reste de son assortiment (sandwichs, salades, pâtisseries, etc.). Tout est pensé pour de la grande quantité et oui, ça change tout, et oui, ça uniformise, et oui, forcément, ça coûte un peu moins cher qu’un artisan indépendant.

        Que tous les indépendants soient des génies du goût et des défenseurs du savoir-faire boulanger je ne vais pas jusque là non plus, mais définitivement, Pouly-Polli, c’est non.

        • Lukas Menal juin 12, 2015 at 09:04 #

          Sur l’uniformisation des goûts nous ne serons jamais d’accord.

          Par contre, si tu peux me montrer en quoi les méthodes de fabrication rapprochent plus ce que fait Pouly dans ces magasins d’un Pasquier (les brioches de grandes surface) que d’un boulanger indépendant, alors je pourrais réviser en partie mon jugement.

          Pour finir, à mes yeux, les cibles, c’est quelques chaînes + des indépendants qui font de la meilleure qualité. Mais le boulanger de papa qui brûle ses pains à la clope et fait les mêmes caracs depuis 50 ans, là c’est moi qui dt dit non.

          • funambuline juin 12, 2015 at 15:40 #

            Pierre Corajoud avait fait une super balade en 2013 où il permettait de visiter des boulangeries qui bossent au levain… et des brasseries (c’était tellement cool !), ça n’a tellement rien à voir avec la production industrielle ou semi-industrielle. Il faudrait prendre le contact et le temps d’aller voir ce que fait la boulangerie Grin (rue du Valentin), ou Noz (rue Marterey), ou Nessi (la Sallaz), ou Vincent (av. du Théâtre et Lutry), etc. Ils sont très nombreux les très bons en fait, il faut juste les connaître 🙂

            Et je n’accuse pas Pouly-polli de faire du Pasquier, mais du faire du pain comme le font la Migros et la Coop. Il y a une gradation.

            Et pour les vieux boulangers qui n’ont rien changé depuis 50 ans… ils ferment tous boutique sans réussir à la remettre quand ils partent à la retraite… même les très bons, les laboratoires de boulangerie disparaissent de la ville (rien que dans ceux que je connais, 3 ont fermé définitivement en 2014) pour être remplacé par du fait semi-industriellement et ensuite transporté en ville. Snif.

          • Lukas Menal juin 12, 2015 at 17:08 #

            Mon sentiment, et d’après ce que j’ai discuté avec eux, on serait plutôt entre la Migros et un bon boulanger artisanal. Sais-tu par exemple, que Pouly père s’est toujours refusé à recruter autre chose que des boulangers patentés dans ses équipes? Idem pour les sandwichs qui contiennent un poulet que tu pourras chercher longtemps à la Migros. J’irais bien voir chez ceux que tu dis (et je suis sûr qu’il y a des différences), mais ça ne vaut pas la peine sans comparaison directe avec le processus chez Pouly. Ce serait très intéressant de faire ça.

            Cela dit, c’est toujours bien d’aller chez les meilleurs, et franchement tout à ton honneur. Mais de là à complètement rejeter les plus gros, ça sort complètement de mon approche de la nourriture.

            M. Laugeri m’avait prévenu. N’empêche, ça me gêne d’être attaqué, parfois durement, par certains pour cet article. Mais je dis pas ça pour toi 🙂

      • Katia juin 13, 2015 at 15:28 #

        Je me suis permise ce commentaire parce que j’ai été très souvent déçue par la qualité des produits achetés dans des boulangeries du groupe en pensant entrer dans une boulangerie artisanale (sandwiches, salades, croissants précuits…). Tant mieux s’ils sont désireux d’augmenter la qualité de leurs produits (marque de respect pour le client), je ne serai malgré tout pas attirée par ce mode de fabrication « semi-artisanale », ne serait-ce que dans le but d’encourager le travail remarquable d’artisans (certains cités ci-dessous par « funambuline »).

  3. laurent juin 12, 2015 at 16:10 #

    Jolie opération de comm sur la façon de retourner un site qui avait visé juste dans son 1er article. Vraiment dommage de lire un article en tout point positif alors qu’en creusant un peu le résultat serait plus nuancé.

    • Lukas Menal juin 12, 2015 at 16:52 #

      On peut toujours nuancer, bien-sûr. Ici, on se focalise sur les aspects positifs. Ça déplaît à certains, mais ça fait partie de la ligne éditoriale et ce n’est pas près de changer.

      Je m’élève avec la plus grande force contre votre sous-entendu qu’il suffirait de communication pour « retourner un site ». Ils m’ont retourné parce qu’ils le méritent et qu’ils ont bossé comme des salopards. Sans compter qu’il n’y a encore, heureusement, rien de mal à communiquer.

      Le sujet de l’article est le refonte du concept de boulangerie. Et à peu près tout a été amélioré (matières premières, recettes, prix, esthétiques, choix etc). Donc, l’article est entièrement positif. Ne comptez pas sur moi pour critiquer juste parce que c’est une chaîne.

      Donc non, ce n’est pas dommage. Ce qui serait dommage, c’est que je me force à taper sur une entreprise juste pour aller dans le sens des lecteurs et jouer le consensuel.

      Pour résumer. J’aime même le McDo. Deal with it.

  4. Noisequik juin 12, 2015 at 17:15 #

    Tout est dit… Il est vrai que quand j’achète du pain à Lidl, je sais bien qu’il a été précuit mais j’espère avoir du vrai pain frais dans une boulangerie de quartier.

    Cela dit, le pain d’un boulanger artisanal n’est pas forcément meilleur et celui d’un groupe comme Manor peut être excellent.

    Bah, il paraît que le pain, c’est mauvais de toute façon 😉 (sel, pesticides, trop raffiné et j’en passe).

  5. viba mars 5, 2016 at 18:05 #

    Que du baratin
    goût et le souci de la Qualité, le Respect des matières, du produit, du client et des collaborateurs, ainsi que la Proximité d’une entreprise qui, malgré son expansion, a su rester humaine et familiale, forment nos valeurs les plus précieuses.
    Le savoir-faire, l’organisation, le goût des affaires et l’invention du Pain Paillasse, le développement de ses franchises, sont autant de qualités qui ont permis à l’entreprise d’atteindre la position qu’elle détient aujourd’hui. Du Bla Bla rien d’autre à boycotter tout simplement le Groupe POULY plutôt  » groupe financier ».

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