Gyudon, le petit-déjeuner japonais du champion

L’article sur le Gonpachi vous en a donné un avant-goût. Mais c’est avec ce billet que nous inaugurons officiellement une nouvelle série sur la gastronomie japonaise. J’ai eu l’occasion de faire deux voyages au pays du Soleil Levant. Fidèle à moi-même, j’ai passé beaucoup de temps à préparer les visites de restaurants et dégustations de spécialités locales. Les articles qui suivront seront le fruit de mes observations et expériences. A travers ces entrebâillements sur la cuisine nippone, j’espère vous donner le goût du voyage et de l’expérimentation.

Pour commencer cette série, je veux vous parler de la consommation de gyudon au petit-déjeuner qui a cours dans les rues de Tokyo. Car voyez-vous, j’ai un problème avec le petit-déjeuner traditionnel, bien suisse. Je m’explique.

C’est simple, du pain et de la gelée de coing n’est pas un repas matinal acceptable pour moi. Vous passez 12 heures sans manger et tout ce qu’on vous propose c’est du pain et de la confiture? Sans déconner? Quel genre de torture malsaine est-ce donc là?

Et comme on est à peu près certain que vous n’allez pas vous lever en avance pour aller à la boulangerie chercher du pain frais, votre vieille confiotte noyée de saccharose ne suffira certainement pas à empêcher le pain rassis qui trône à la cuisine depuis hier d’écorcher votre gorge à chaque fois que vous avalez. Non, ne me parlez pas de votre machine à pain qui est programmable. Sortez, Monsieur.

Si vous avez gardé votre âme d’enfant, vous noierez vos Chocomiams de Neslogg’s, produit hyper industriel et trop sucré, dans du lait, qui n’aura pas tourné ce matin si vous avez de la chance. Et vous voilà, fébrile, forcé d’engloutir tout ça en quatrième vitesse pour éviter que ces petits éclats croustillants et sans saveur ne deviennent, en plus, mous et flasques. Bonheur.

Céréales

Certains, fous de désespoir, se replient sur les pires atrocités. Nutella, craquinettes, et j’en passe. Il se murmure dans les milieux avertis que certains, en désespoir de cause, se seraient mis à ne déjeuner que de fruits frais.

Et puis, il y a la solution de facilité que sont les viennoiseries.

Thé et croissant

Vous me voyez venir, hein? Qu’est-il arrivé à la vraie nourriture le jour où on a décidé de ce qui se mangerait ou non le matin? Le soir, mangez tout ce que vous voudrez. Le midi, idem, toute la gastronomie mondiale à vos pied. Il faut juste veiller à ne pas se gaver de sucreries. C’est la seule règle pour que votre repas soit socialement acceptable. Et le matin alors? Le matin, c’est pain, yaourt, céréales et c’est tout. Restos, fermés! Fast-foods, fermés! Seul le boulanger vous propose ses pains et viennoiseries.

Grâce à mes racines hollandaises, j’ai un peu esquivé ces diktats nutritionnels insensés et introduit le fromage et la charcuterie dans mes petits-déj. Cela m’a valu le regard horrifiés de nombreux helvètes. Vous savez, ceux qui, les dimanches et jours de fête, mangent de la tresse avec du parfait à 11h. Ouh, que c’est canaille!

Mais c’est lors de voyages ou en s’inspirant des cuisines d’ailleurs qu’on réalise à quel point le “déjeuner continental” n’est pas une évidence mais bien un retard civilisationnel probablement hérité de l’époque où c’était compliqué de faire du feu et où la Vieille Europe était LE continent en retard sur les autres.

Bref, notre incapacité forcenée à nous inspirer de la cuisine des autres nous a empêché de prendre les bonnes idées là où elles se trouvaient, comme chez les britanniques par exemple. Le petit-déjeuner anglais est suffisamment proche de nous pour avoir fait son chemin et être consommé sous nos latitude les jours de fête. C’est souvent grâce à lui qu’on découvre que, non, les weetabix ne sont pas une fatalité, que, oui, le salé a sa place à 6h du matin… surtout s’il y a du bacon impliqué.

English breakfast

Hé oui, c’est bien joli de dire que le breakfast est le repas le plus important de la journée. Mais il faut assumer après. Pas juste envoyer de la Granola aux fruits secs et jeter la clé. Plus loin, en Asie, le savoir-vivre ne nous a pas attendus. Nouilles, légumes, poisson ou riz sont des alternatives tout à fait légitimes pour commencer la journée avec les meilleurs carburants que notre bonne vieille Terre peut nous apporter.

Ainsi, le petit-déjeuner japonais traditionnel est généralement constitué de miso, de riz, de poisson et de légumes marinés. On y ajoute parfois d’autres ingrédients tels que des œufs ou du nattō. Les plus hardcore boivent de la bière avec ça. Tout de suite, ça pose le décor.

Autre met de choix, le gyudon, Un bol de riz couvert de bœuf sauté et d’oignons. Chaud, rapide, efficace. Souvent servi avec un œuf cru qu’on mélange au riz. Un. Oeuf. Cru.

Un gyudon avec oeuf cru

Les dealers de gyudon comme sukiya ou yoshinoya sont souvent ouverts H24. Dès les premières lueurs de l’aube, ils sont très courus par les pendulaires venus y chercher un repas aussi nourrissant que peu onéreux. En moyenne, il faudra compter 300 yen pour votre bol, soit environ 3 CHF. Une peccadille. A ce prix, il ne faut bien-sûr pas s’attendre à du filet de bœuf bien saignant mais plutôt à de très fines lamelles un peu grasses.

Bien entendu il existe une multitude de variantes et de façon de customiser son bol de bœuf en changeant le topping ou en ajoutant des ingrédients ou des accompagnements.  Le gyudon au kimchi est un favori incontesté, ici accompagné d’une salade et de soupe.

Gyudon avec kimchi salade et miso

La cuisine japonaise, c’est aussi cette capacité à aller à l’essentiel. Je rêverais de pouvoir m’arrêter de temps en temps dans une échoppe de gyudon sur le chemin du travail. Me réconforter d’un bon bol de riz bien chaud, simple et goûteux. Un repas idéal, plein d’énergie pour affronter les difficultés de la journée et les mines déconfites de mes collègues encore tout traumatisés par leur birchermuësli.

12 Responses to “Gyudon, le petit-déjeuner japonais du champion”

  1. Imma février 26, 2014 at 21:41 #

    Je te reconnais bien 🙂

    Demain je troque mes tartines pour un petit déj salé!

  2. funambuline février 26, 2014 at 21:53 #

    « Je ne déjeune jamais ». Quand les gens m’entendent prononcer cette phrase, j’ai droit à « ce n’est pas bien, c’est le repas le plus important de la journée » ou « mais comment peux-tu t’en passer ? Moi à 10h, je tombe ! ».

    Alors déjà, je préfère dormir 30 minutes de plus que de manger une tartine de pain avec de la confiture et un jus d’orange, tous trois industriels. Ensuite, souvent, si j’ai une longue matinée, je vais m’acheter un sandwich : pain frais + fromage ou charcuterie.

    Les seuls endroits où je déjeune le matin, sont les lieux civilisés. Aaaaaah le petit dèj anglais. Aaaaaaaaaah le petit dèj mexicain. Indien, Malgache, US (quand on sait s’y prendre, c’est plutôt taco que muffin), etc.

    Ton article me fait donc très plaisir ! La tartine de confiture, maison, sur du pain frais, c’est le dessert du petit déjeuner, pas un repas en soi.

    (PS : je ne sais pas si ce sont aussi mes gênes hollandais qui parlent 😛 )

    • Lukas Menal février 26, 2014 at 22:49 #

      J’ai l’impression que cet article résonne chez pas mal de becs salés. Pour ma part, j’ai longtemps skipé le déjeuner. Maintenant, je le prends toujours, soit à la maison, soit sur le chemin du boulot. Au final, c’est souvent pain fromage et charcuterie. Et il y a les feuilletés tomates/pavot de la Migros. Mais ça, ça mérite un article dédié!

  3. funambuline février 26, 2014 at 21:53 #

    Ahem, où il y de la gêne, il n’y a pas de gène de l’orthographe.

  4. La semaine d'une gourmette février 27, 2014 at 09:18 #

    J’ai encore un autre problème : pas faim au lever, mais seulement 2 à 3 heures après… Alors j’adorerais un petit-dej comme le gyudon (eh oui, je suis un bec salé), mais à la pause au boulot ça la fait pas, malheureusement. Et puis si je mange trop, j’ai plus faim à midi (d’ailleurs du coup, le WE je ne mange pas de petit-déj, mon petit déj c’est mon repas de midi, direct !). Du coup, j’ai trouvé une solution : la crème Budwig. Presque pas sucré, nourrissant mais pas trop, peut être trimballé au boulot… C’est un bon compromis.

    • Lukas Menal février 28, 2014 at 09:03 #

      J’ai longtemps eu le même problème. Pas faim, au lever et la grosse fringale vers 9-10 heures. Mais en forçant un peu au début, j’ai réussi à avancer mon heure de faim et maintenant, je prends de vrais petit-déj’.

  5. Manuel février 27, 2014 at 18:24 #

    Difficile de ne pas abonder en ton sens. Voilà déjà plus de cinq ans que j’ai abandonné le petit déj continental pour me nourrir de fruits frais ou de crudités.

    Un bonheur à lire cette rubrique, critique, drôle, grinçante et spirituelle, bravo!

  6. Grégoire mars 7, 2014 at 08:22 #

    Ca me fait penser à mes petits déjeuners Pad Thaï sur la plage à Koh Tao en Thaïlande… c’est vrai qu’avant de partir plonger jamais on n’aurait pensé à manger une tartine toute triste. Par contre je défend quand même mes pots de confitures maisons. Parce que sur un bon pain (maison) avec un thé ou un café ou même un cacao c’est ultra bon. Et tu finis avec 1 ou 2 fruits frais pour les vitamines et la fraicheur!

    • Lukas Menal mars 7, 2014 at 11:35 #

      Je provoque, bien-sûr. Je suis à 100% pour la variété. Je pense aussi que j’enfouis un traumatisme d’enfance en rapport avec les tartines… Et les fruits.

  7. Marie avril 26, 2015 at 13:11 #

    Bravo pour ce post plein d’humour et provocant et qui nous change agréablement des mille et un conseils pour un petit-déjeuner équilibré!
    J’ai été amenée à voyager pas mal également, et en Asie, et je dois sire qu’on s’habitue à tout au petit déjeuner, même à un prendre un! Mais j’ai la particularité d’être coeliaque (intolérante au gluten) de naissance, et le petit-déjeuner continental a toujours été un repas interdit pour moi car forcément à base de pain ou de céréales.
    Alors effectivement, vive la diversité 😉

    • Lukas Menal avril 27, 2015 at 21:32 #

      Merci pour ce message et content d’avoir pu mettre un peu de soleil dans votre journée.

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