Ciné-resto: Going Kill Bill @ le Gonpachi

Dessin de Kevin Crelerot

by Kevin Crelerot

 

Qui a pu oublier la valse sanglante de la Mariée (Uma Thurman), alias Black Mamba, dans le fameux Kill Bill: Volume 1? Pour introduire cet article, je vous offre la version alternative japonaise (puisque nous allons justement parler du pays du soleil levant). Attention, ça tache un peu.

Une fois, n’est pas coutume, ce billet n’est pas un ciné-recette dédié au boudin mais bien un ciné-resto. Il est consacré à l’établissement qui a inspiré Quentin Tarantino pour la scène des 88 Fous que, en lecteur assidu, vous venez de visionner en intégralité.

Je n’ai donc pas choisi ce passage au hasard. Observez bien l’espace dans lequel a lieu le combat. C’est un restaurant, appelé la Maison des Feuilles Bleues, qui comprend une coursive intérieure longeant des espaces privatifs. L’endroit offre de multiples opportunités de construire des chorégraphies et une mise en scène spectaculaire. Et bien, figurez-vous je me suis rendu dans le restaurant qui a inspiré Tarantino pour cette fameuse scène.

Restaurant le Gonpachi

Le Gonpachi est un izakaya tokyoïte qui revendique fièrement son rôle en tant que source d’inspiration pour le film. En plus d’être un lieu de passage pour les fans du réalisateur, c’est aussi un point de rencontre pour les expatriés puisqu’il se situe dans le quartier de Roppongi, haut lieu de non-japonaiserie à Tokyo. Le soir de notre visite confirmera que c’est un candidat pour devenir le 51ème Etat américain et que les touristes les plus frileux peuvent s’y rendre sans crainte de se retrouver dans un environnement sans personnel anglophones.

Photo souvenir au Gonpachi

N’en tirez pas de conclusions hâtives, le Gonpachi est un restaurant tout à fait correct qui propose un panorama très large de spécialités principalement japonaises. Sushi, tempura ou encore yakitori sont autant de mets que vous pourrez vous enfiler derrière la cravate. Fidèle à la tradition japonaise de transparence, les cuisines de la partie yakitori sont visibles et démontrent au client que les choses sont faites sérieusement. Voyez plutôt comme le travail est bien fait.

Les grillades, c’est toujours le même combat, il faut être attentif et savoir tourner au bon moment. Ces cuisiniers feront ce travail difficile et contraignant toute la soirée. Force et Honneur à eux.

Le résultat de leurs efforts se ressent dans l’assiette. Les petits poivrons verts au flocon de bonite (Shishito) rappellent ceux du Centre espagnol de Bussigny mais avec une réalisation plus précise, notamment au niveau de la cuisson. L’aspect aussi est supérieur.

Shishito au Gonpachi

Le classique poulet haché (Tsukune) est très bon, sans morceaux de cartilage comme ça se fait parfois, c’est plus friendly pour nous autres.

Tsukune au Gonpachi

Les ailes de poulet (Tebasaki) ne sont pas loin derrière et n’appellent pas de critique particulière.

Tebasaki

Pour les aventuriers, il y a des spécialités comme le gésier de poulet, la langue de bœuf ou la noix de ginkgo. Les minets de salon au portefeuille bien dodu feront figurer sur leur note foie gras, thon gras et wagyu.

Au Gonpachi, il ne faut pas hésiter à mixer et à commander des plats en provenance des différentes cuisines. Les nouilles soba accompagnées de leur assortiment de tempuras sont bonnes et nourrissantes

Soba au Gonpachi

Tempura au Gonpachi

Mais ce n’est pas aussi réussi que la salade maison Gonpachi: pousses de Mizuna, pousses de sarrasin et palourdes. Des salades comme ça, c’est midi et soir. Frais, léger avec un petit goût marin, c’est un plaisir simple et délicieux. Ça me surprend un peu, mais je dois dire qu’ils sont forts pour les salades ces japonais. En fait, y a pas beaucoup de trucs culinaires pour lesquels ils ne sont pas forts, il faut bien le dire.

House Salad au Gompachi

C’est comme pour l’anguille. Chez nous tout le monde s’en tamponne de l’anguille. Un plat passé de mode plus sujet à la rigolade qu’à la gourmandise. Là-bas, c’est toute une histoire. J’espère vous en parler plus en détail dans un prochain billet. Pour l’heure sachez simplement qu’il faut manger de l’anguille au Japon et que le Gonpachi propose l’unagi meshi, un plat de riz agrémenté de ce poisson au faux airs de serpent de mer. C’est servi dans un bol en pierre brûlante grésillant qui rappelle le bibimbap. Même si le plat est bon, il ne présente pas de beaux morceaux d’anguille mais simplement des fragments mélangés dans le riz. Pas très joli et décevant.

Unagi meshi au Gonpachi

Sans être un haut lieu de gastronomie, le Gonpachi, c’est un bon endroit pour les cinéphiles, les gastronomes un peu timides et les touristes en mal d’histoires à raconter à leur retour.

A propos d’histoire à raconter c’est le restaurant où Tanrantino a … Comment? Je vous en ai déjà parlé ? Ouais, ben, au Gonpachi, il y a avait aussi des tambours qui envoyaient du lourd.

Pendant deux petites minutes, un bruit de tous les diables. Vraiment cool.

Donc, le Gonpachi est un endroit à touriste, certes, mais pas pour autant un attrape-nigaud. La cuisine a du niveau et la configuration de la salle facilite les contacts entre voisins. Si on ajoute à ça une déco originale et franchement réussie, on obtient un restaurant dans lequel il y a moyen de passer une jolie soirée.

Mais tout n’est pas rose comme la fleur du cerisier (du Texas) au Gonpachi. Déjà, c’est un peu cher. La qualité est certes au rendez-vous mais les prix sont surfaits si vous les comparez à votre izakaya moyen. Et il y a un truc qui m’a vraiment, mais alors vraiment, fâché. Les bières pression commandées ont systématiquement été upgradées vers la variété supérieure, à savoir la Kirin Lager au lieu de la Kirin Draft.

Premio, j’adore la draft japonaise classique, souvent servie glacée, c’est un exemple de légèreté, de douceur et de pétillance. Ça va peut-être vous étonner, mais le fait est que ça fait partie de mes bières favorites. Deuxio, la Lager au goût amer de vieille Feldschlossen mal dégazée, je m’en contrefous comme de mon premier california roll. On a que ça à la maison, en plus. Pardon à ceux qui aiment la Feld’. Tout ça pour faire payer au client quelques dizaines de yen supplémentaires. Rien que pour cet impair, je devrais vous déconseiller cette adresse. Mais vous voilà avertis.

Finalement, je suis bon prince et reconnais ses atouts au Gonpachi qui offre l’opportunité de passer une soirée plaisante et festive grâce, aussi, à sa très vaste carte de boissons. Une option à explorer un soir où on se sent un peu moins aventureux.

 

Gonpachi Nishiazabu
1-13-11 Nishi-Azabu, Minato
Préfecture de Tokyo 106-0031
Japon
Tél: +81 3-5771-0170

2 Responses to “Ciné-resto: Going Kill Bill @ le Gonpachi”

  1. Manuel janvier 27, 2014 at 21:52 #

    Très intéressant mixage de ton style de blogger 🙂
    Sans doute pas le meilleur coin que tu aies visité là-bas, mais on est cinéphile ou on ne l’est pas 🙂

    • Lukas Menal janvier 28, 2014 at 18:22 #

      Hé oui! Pour autant, je ne regrette pas la visite, c’est une activité vraiment sympa à faire un soir à Tokyo… parmi les milliers d’autres options tout aussi valables.

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