Au Dalat, dans mon chalet vietnamien

Le Dalat est un des restaurants vietnamiens réputés à Lausanne. J’anticipais donc ma visite avec optimisme et me réjouissais d’en savoir plus sur une cuisine que je connais plutôt mal. Celle-ci est à l’intersection des deux références que sont la Chine, au nord, et la Thaïlande, à l’ouest. Vous admettrez qu’on fait pire comme influences et que j’avais des raisons de me réjouir.

Ma meilleure expérience à ce jour est une soupe phở agrémentée de boulettes de viandes et de tripes prise dans le Triangle d’or, quartier asiatique de Paris. Le mélange du bouillon de bœuf, des herbes, du piment et du citron est un plaisir à nul autre pareil et désormais un favori pour votre serviteur. Bien-sûr, ils servent au Dalat ce fameux bol de nouilles. Mais après avoir hésité à l’intégrer à ma revue, j’ai préféré le garder au chaud pour plus tard, en vue d’une dégustation dédiée. Le phở, c’est une catégorie en soi.

Il faut dire que la carte est vaste et propose une flopée de plats classiques d’influences pan-asiatiques (saté, aigre doux, curry). Mais ceux-ci ont aussi été écartés au profit de la véritable spécialité du Dalat: La cuisine vietnamienne. Une page lui étant carrément dédiée, il n’y pas à hésiter. On prend ça et rien que ça.

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Le cadre est pour le moins original: l’ancienne buvette d’un funiculaire qui montait jadis jusqu’à Sauvabelin. Cette petite cabane boisée aux allures de chalet exhale aujourd’hui un fumet de l’autre bout du monde. Un contraste amusant dans un quartier peu fréquenté et un à l’écart. Un vrai spot de mec cool, quoi. Aller frimer au Dalat, c’est une petite expédition tant le quartier ne ressemble pas au Lausanne qu’on fréquente habituellement. Et puis, vu la situation excentrée, le succès du restaurant est forcément dû à la qualité de la cuisine. Ou bien?

Pas de déception, ma visite a confirmé cette hypothèse (fondée également sur un grand nombre de retours enthousiastes, je le confesse). Les plats sont enlevés et frais, la vibe est positive. Voyez plutôt le Bo Bun (20 CHF): nouilles de riz tièdes, bœuf aux oignons, cacahuètes, piment, carottes en julienne, pousses de mungo, oignons nouveaux, herbes aromatiques et salade croquante au fond du bol. Savoureux, sucré, salé, légèrement acide, le mariage est équilibré et flatte le palais comme une caresse. Le bœuf est goûteux, les oignons caramélisés sont encore un peu croquants et les effluves herbacées confinent au fruité. On comprend pourquoi les parisiens en sont dingues. Un bol est suffisant pour un repas léger mais on pourra encore y ajouter des rouleaux de printemps: C’est le Bo Bun impérial (26 CHF).

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Plus surprenantes, les Brochettes de Crevettes à la Canne à Sucre (27 CHF) ne correspondent pas à l’image qu’on pourrait s’en faire. Le plat est en fait du Chạo Tôm: des bâtons de canne à sucre entourés de pâte de crevette grillée. Ici, les bâtonnets de canne sont simplement disposés au coin de l’assiette et la pâte aux crevettes servie en lanières. Cet écart n’empêche pas le plat d’être délicieux mais pourra peut-être décevoir des puristes habitués à un apprêt différent de ce plat. L’entorse a néanmoins une explication. J’y viens.

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Au niveau du goût, la crevette a une saveur délicate et agréable qu’on préférera ne pas trop noyer sous les sauces. Imaginez une omelette douce parfumée au crustacé. La canne à sucre est une expérience qui rappelle le bâton de réglisse mais dans un registre plus juteux et sucré. Pour tout dire, on a pas trop su quoi faire de cette dernière qu’on s’est contenté de mâchouiller en fin de repas.

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Le Bœuf et « La Lot » grillés (27 CHF) est une autre spécialité dépaysante de la carte. Des boulettes de bœuf très finement haché cuites dans les feuilles d’une plante appelée Piper lolot ou la lot. Le goût est inattendu et délicieux. On reconnaît la viande, des notes fumées, une saveur qui fait penser au foie et à… de la carapace de crevette. Mais ça, c’est juste moi. Les feuilles sont très cuites, caramélisés et fondues. Le goût est ainsi plus profond au détriment de la fraîcheur des feuilles. Le tout est surmonté de cacahuète pilée et d’oignons nouveaux. Ce bœuf la lot bénéficie bien mieux des multiples sauces qui nous ont été servies et permet de se préparer des rouleaux d’été au goût unique.

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Quoi? Des rouleaux d’été? Que viennent faire des rouleaux d’été là-dedans? C’est ici que le mystère des crevettes se résout! Les plats  (pas le bo bun, hein) ont été servis avec des crêpes de riz, de la salade et des herbes pour fabriquer des rouleaux. Cela explique pourquoi la crevette est coupée en lanière et pas embrochée sur la canne à sucre. On rajoute donc encore une dimension ludique à des plats déjà succulents.

Pas de quartier, la cuisine du Dalat est au top. Les plats sont bien préparés, l’assaisonnement est généreux, l’expérience festive. Les prix sont un peu plus élevés que dans votre chinois de base mais la différence est justifiée par des mets originaux, une viande suisse et des ingrédients bien frais. Voilà qui résonne de façon révélatrice avec les fameuses feuilles de salade rabougries d’un certain restaurant coréen. Ici tout est vivant, croquant et claquant.

L’accueil qui nous a été réservé fut chaleureux et le service très rapide. Je signale toutefois qu’une enquête sur les sites d’avis de consommateurs révélera un nombre conséquent de plaintes sur la rapidité du service. Le soir de notre visite, l’établissement n’était que peu rempli. Dites-vous qu’il vaut peut-être mieux venir lorsque c’est tranquille, en début de semaine. Le week-end, réservez car l’endroit est très fréquenté. Clientèle d’étudiants, d’artistes et de lausannois connaisseurs.

La carte comporte encore un grand nombre de spécialités très tentantes que votre serviteur à dû écarter, cœur saignant. Caille rôtie aux 5 épices, Travers de Porc du Chef, Cuisses de Grenouille à la Sauce Piquante ainsi que la fameuse fondue vietnamienne, une sorte de chinoise servie avec des feuilles de riz. Autant de raisons qui déclenchent chez moi l’urgence d’y retourner, vite. Et vous, si vous ne connaissez pas, vous ne devriez pas attendre, du tout.
Le Dalat
Place du Vallon 5
1005 Lausanne
tél: 021 312 43 68
Site Internet: http://www.dalat-restaurant.ch

16 Responses to “Au Dalat, dans mon chalet vietnamien”

  1. Julien janvier 12, 2015 at 20:29 #

    effectivement il ne faut pas être pressé c’est souvent très très long

    Et il faut supporter la gouaille du patron

    Mais une fois prévenu c’est effectivement excellent, et je connais bien

    • Lukas Menal janvier 12, 2015 at 20:31 #

      Le patron n’était pas là le jour de ma visite et c’était très tranquille. En plus, nous avons été servis presque instantanément. Je crois que je vais persister à venir le mardi.

  2. funambuline janvier 12, 2015 at 22:59 #

    Mon viet chouchou à Lausanne c’est celui qui ne paie pas de mine à Pres-du-marché, ma cantine, slurp.

    • Lukas Menal janvier 12, 2015 at 23:00 #

      J’ai eu une expérience mitigée mais trop rapide il y a quelques années. Il est sur ma to do.

    • Franco janvier 12, 2015 at 23:32 #

      C’est le Hoa Sen… qui ne paie effectivement pas trop de mine. Le Jasmin à la Pontaise est aussi pas mal, tenu par les anciens du Cercle Vietnamien de l’Avenue de Morges pour les nostalgiques de la bouteille d’alcool finale avec plein de choses à l’intérieur ;O)

      • Lukas Menal janvier 13, 2015 at 09:49 #

        C’est un vrai plaisir de t’avoir en visite ici Franco! Je note aussi cette adresse. En faisant le tour, je m’aperçois qu’il y a plein d’adresses Viet à Lausanne. Je rêve d’en faire le tour! Une liste:

        Jasmin
        Hoa Sen
        Indochine
        Dalat
        Les Bosquets
        Le Jasmin
        Le Saigon

        + ceux alentours, par exemple le Delta du Mékong à Prilly.

        • funambuline janvier 13, 2015 at 11:47 #

          Excellent souvenir également à l’Indochine.
          Par contre, les Bosquets, j’ai vécu au-dessus pendant 3 ans, je connais leur hygiène catastophique, JAMAIS je n’y mettrai les pieds.

          • Lukas Menal janvier 13, 2015 at 11:50 #

            Je suis allé quelques fois, c’est assez magique comme endroit. Blanquette et nez rouges en salle, soupe pho à l’arrière.

        • La semaine d'une gourmette janvier 14, 2015 at 09:01 #

          Le Saïgon, tu peux ublier, c’est vraiment pas bon.

  3. La semaine d'une gourmette janvier 13, 2015 at 08:16 #

    Le Dalat, j’ai testé une fois, j’ai trouvé bof bof. Faudrait peut-être que je réessaye.
    Sinon, moi aussi je suis une fan du Jasmin et du Hoa-Sen. Et du regretté Goûts d’Asie, snif.
    Et je viens de faire une expérience délicieuse à l’Indochine (à Montétan), avec un crabe mou frit à se pâmer !

    • Lukas Menal janvier 13, 2015 at 09:31 #

      Crabe mou, il faut toujours que je goûte ça. Quant à l’Indochine, c’est encore un de ces restaurants que je me promets de visiter depuis des siècles.

    • Franco janvier 13, 2015 at 19:37 #

      L’Indochine a la meilleure carte des vins de tous les restaurants vietnamiens de Lausanne. Ce fut une de mes cantines du midi dans une autre vie et j’y ai toujours mangé (et souvent bu) avec beaucoup de plaisir. Le patron a fait l’Ecole Hôtelière et ça se voit. Les serveurs pas et ça se voit aussi parfois ;O)

      On peut rajouter le Bouddha Joyeux à la liste des restaurants vietnamiens de Lausanne. Et le Baie d’Halong à Renens pour ceux de la « banlieue ».

  4. Manuel janvier 16, 2015 at 18:04 #

    Ah le bo la lot. J’adore ce plat! J’aime la cuisine vietnamienne malheureusement si peu représentée et généralement noyée sous les plats d’autres pays d’Asie… Le Goût d’Asie offrait une jolie carte viet globalement bien exécutée. J’irai peut-être me frotter au
    Dalat

    • Lukas Menal janvier 17, 2015 at 13:12 #

      Ha ben tiens, j’aurais aimé avoir l’avis d’un spécialiste sur ce plat, pour le coup.

      • Manuel janvier 17, 2015 at 13:45 #

        Spécialiste est un bien grand mot, je le serai quand je l’aurai goûté au Vietnam 🙂
        Mais j’irai probablement y faire un tour et nous, il faudra s’agender quelque chose 🙂

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