Akiko : un hybride, rue du Petit-Chêne

Au premier coup d’œil, on ne saisit pas bien le positionnement du Akiko, la nouvelle adresse qui a posé ses valises au cœur de la fameuse rue lausannoise du Petit-Chêne.

La décoration mêle esthétique en bois épurée et influences asiatiques. Le résultat et plutôt réussi mais, à l’image de l’ensemble, difficile à situer.

akiko_deco

D’un côté, l’endroit évoque un take-away et un fast food par ses lignes minimalistes, de l’autre une étude approfondie de la carte invite le client à s’attabler pour un apéritif dînatoire prolongé dans ce cadre finalement agréable. Il y a bien des plats à emporter au Akiko, mais ceux-ci ne sont disponibles que jusqu’en début de soirée. Ensuite de quoi, l’établissement cède la place à un bar-restaurant branché et chic.

C’est surtout la collection des boissons qui fait sortir du lot ce bar-restaurant polyvalent. Si la cuisine n’est pas en reste, le choix des cocktails et spiritueux est suffisamment inventif pour faire du Akiko un des hauts lieux de la mixologie lausannoise. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard puisque c’est une équipe expérimentée dans le domaine qui est aux commandes.

On salue l’effort de proposer une carte des boissons qui est cohérente par rapport aux plats proposés. Ici, pas d’œil de Perdrix sous prétexte que ça irait bien avec les makis. Accrochez-vous à votre slip, le highball (whisky + eau gazeuse) déboule en ville. Encore une spécialité niponne qui montre que le Pays du Soleil-Levant a su passer outre les codes occidentaux pour mieux se les réapproprier, et avec malice s’il vous plaît. Ici, on nous sert une version de luxe à base de Nikka Taketsuru Non Age, un whisky déjà solide.

akiko (8 sur 8)

Dans un registre plus innovant, mais toujours japonisant, le Tokyo Heat (14 CHF) est plus que convainquant et met en avant la maîtrise de la maison Akiko en matière de mélanges alcoolisés. N’hésitant pas à mêler le concombre, le citron, le gingembre et la citronnelle, le mariage est pour autant très fin et sans défaut. Belle mise en place du verre avec son accordéon de concombre et ses étonnantes graines de poivres sancho. Lorsqu’on sait les chenits que sont capables de facturer à prix d’or certains établissements, on ne peut que s’incliner devant cette proposition. 10/10 et l’envie de se farcir la carte au complet.

akiko_Cocktail_ryukyu

Moins boulversifiant mais tout aussi réussi, le Ryūkyū joue tout aussi bien avec le thème japonais. Un cocktail plus doux à base de shōchū (quel bonheur!) qui ravira les amateurs de saveurs plus suaves et ceux qui craignent les excitations éthyliques dues à des boissons trop chargées.

En plus des ces préparations exotiques, vous trouverez plusieurs interprétations de grand classiques, aujourd’hui revenus à la mode: Old Fashion, Bloody Mary, Penicillin, etc. Sur demande, l’équipe est bien entendu en mesure de vous faire n’importe quel classique qui ne figure pas sur la carte.

Je vous passe la liste complète des alcools purs dans laquelle on trouvera beaucoup de très beaux flacons et nombre d’originalités du monde entier parmi lesquels: Chartreuse (2 sortes!), Cognac Tesseron, Gin Mare (Espagne), Vodka Ketel One (Hollande), Gosling’s Family Reserve (Bermudes), etc. Un beau choix qui se distingue par un esprit de découverte rafraîchissant.

Côté baguettes, pas de folies, rien que des valeurs sûres. En première ligne, une carte de sushi réduite mais de qualité. La faute principalement au recrutement d’un chef expérimenté qu’on peut voir ici en pleine action.

akiko_sushi_chef

Crevette, saumon, thon et dorade. En contradiction avec la pratique actuelle, qui mise sur un choix le plus large possible, ce sont les seules variétés de poisson et fruits de mer que vous trouverez ici. La stratégie semble judicieuse puisque le goût et la texture sont au rendez-vous. Le thon évite notamment l’écueil de la chair farineuse qu’on retrouve dans nombre de maisons bas de gamme.

akiko_assortiment_sushi

Ces apprêts soignés, souvent orientés vers les sushis contemporains aux ingrédients ensoleillés (mangue et avocat), sont préparés minute et seul le chef est apte à les réaliser. Il faudra donc vous armer de patience. De toute façon, il faut venir avec du temps pour siroter une belle boisson et croquer quelque chose tranquillement.

akiko_assortiment_makis

La restauration chaude tâte plutôt du côté de la Chine et de la Thaïlande. Encore une fois, on se concentre sur des classiques soignés et faits maisons plutôt que sur une carte trop expansive. Curry vert, tom yam ou pad thaïs sont de la partie mais on trouve aussi des hors d’oeuvre tout indiqués pour accompagner une boisson mixée.

Les nems au poulet (12 CHF les 4) sont bien croustillants et encore brûlants. Ils se révèlent en plus légers grâce à leur pâte fine et la sauce délicate qui les accompagne.

akiko_nems

Les dims sums (12 CHF les 4), en fait des raviolis vapeur, sont dans la même lignée: fins et frais, mais pas assez affirmés et, disons-le, plutôt chers. Difficile toutefois d’en tenir rigueur à cette adresse, qui joue la carte du chic, mais aussi du talent de bout en bout. D’ailleurs, le reste des mets est abordable et un repas copieux hors boissons devrait tourner entre 30 et 40 CHF.

akiko_dim_sums

Même si j’ai été séduit par l’originalité de ce nouveau venu et par son approche très différente de ses concurrents, je me demande si les Lausannois vont répondre présent. L’emplacement est très passant, ce qui permet tous les espoirs. Mais à force de jouer sur tous les tableaux, ne risque-on pas d’y perdre le client, aujourd’hui un peu trop habitués à des signaux finalement très calibrés? À l’heure des bars à cocktails qui jouent à font la carte du cachet, du vintage, de la Prohibition et de toutes ces autres mariconades, Akiko ose les prendre à contre-pied avec sa déco plus aérée et résolument moderne couplée à sa carte de boissons asiatiques que je ne me lasse pas d’admirer.

Une adresse ambiguë mais qui ne peut que remporter mon adhésion par son culot et sa façon de proposer une autre manière de boire ou de manger asiatique.

 

Akiko
Rue du petit-Chêne 11
1003 Lausanne
Tél : 021 312 40 12
Site internet

 

9 Responses to “Akiko : un hybride, rue du Petit-Chêne”

  1. Manuel septembre 9, 2015 at 20:47 #

    Intéressante revue et un lieu où je risque bien de faire une escapade pour en juger par moi-même!

  2. La semaine d'une gourmette septembre 10, 2015 at 12:17 #

    C’est ce qui a remplacé l’ancien Hush Puppies (qui avait été brièvement remplacé par un autre resto d’ailleur, et après c’est resté longtemps fermé), non ? Les cocktails m’intéressent tout particulièrement !

    • Lukas Menal septembre 10, 2015 at 20:50 #

      C’est bien ça. En effet, ça vaut tout de même principalement pour les cocktails.

  3. foodaholic septembre 11, 2015 at 15:01 #

    Ah merci pour l’article, je suis tombé sur leur site en surfant à la recherche de nouvelle adresse et me demandait qu’est ce qu’il valait.

    Côté prix des sushis, tu aurais plus de détails ?

  4. Le Monkey septembre 11, 2015 at 15:50 #

    Je vais aller y mettre mon nez … le sujet est intéressant et demande à explorer cet endroit.

    J’y vais, j’y cours … puis sous l’effet de l’alcool …j’y roulerai …. 🙂

  5. Claire au Matcha septembre 18, 2015 at 07:26 #

    En général, je n »aime pas trop les restaurants qui proposent des nems et autres plats chinois , vietnamiens ou thai à côté des sushi… Mais j’avoue que les photos donnent envie! Bises

  6. amont marcel octobre 19, 2015 at 15:11 #

    belle carte,très bons cocktails et la cerise sur la gateau la gentillesse du patron.

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